La mort du roi

Le roi lion est mort, abattu par un chasseur Américain…

L’affaire fait grand bruit sur internet. Il circule aussi pas mal d’informations imprécises ou inexactes.
Le point…
 

Qui était Cecil?

Cecil
 

 
Cecil était un beau lion de 13 ans (âge vénérable pour un lion mâle). Il vivait dans le parc de Hwange au Zimbabwe. Cecil était une star chez les visiteurs du parc, parce que c’était un beau lion avec une superbe crinière noire, et qu’il se montrait tout à fait détendu près des véhicules de safari – il semblait apprécier la présence des visiteurs.
Il y a 3 ans, Cecil avait été chassé de son clan par une coalition de lions mâles. D’habitude, les mâles de cet âge mènent ensuite une existence solitaire, souvent difficile et brève. Mais pas Cecil : il a rencontré un autre mâle solitaire, plus jeune, nommé Jéricho, et les deux lions ont formé une coalition. A eux deux, les deux lions ont réussi à régner sur 2 clans!
 

Comment Cecil a-t-il été tué?

Cecil a été touché par une flèche tirée par un chasseur américain. Il n’est pas mort sur le coup. Après 40 heures de traque, le lion blessé a été achevé d’une balle dans la tête. Les chasseurs ont alors réalisé que le lion était équipé d’un dispositif de radio-traquage. En effet, Cecil était suivi par des biologistes de l’Université d’Oxford. Les chasseurs sont ensuite coupé la tête de Cecil et l’ont dépecé. Triste fin pour un si beau lion.
 

Cecil a-t-il été abattu légalement?

La chasse au lion est (hélas!) légale au Zimbabwe et dans de nombreux pays d’Afrique. En revanche elle est très encadrée. Un Chasseur Professionnel (= un chasseur local, dont le métier est d’accompagner les chasseurs étrangers qui paient des fortunes pour abattre les animaux africains) est autorisé à abattre un nombre déterminé de lions, dans une zone géographique déterminée.
Cecil vivait dans le Parc de Hwange qui est protégé. Les chasseurs ont utilisé un appât pour le faire sortir du parc, ce qui est légal au Zimbabwe mais franchement pas éthique, et l’ont tiré dans une zone de chasse voisine. Mais le Chasseur Professionnel n’avait pas de permis pour tuer un lion dans cette zone! Il espérait sans doute tricher et dire que le lion avait été abattu ailleurs, dans une zone où il avait un permis.
Le dispositif de radio-traquage, et la célébrité de Cecil, ont rendu impossible cette tricherie.
Abattre Cecil dans ces conditions était donc tout à fait illégal. Le Chasseur Professionnel, Theo Bronchorst, était forcément au courant. Quant au chasseur américain, il n’était peut-être pas au courant des limites géographiques, mais avec un peu d’éthique il aurait refusé d’appâter le lion (la chasse serait un sport, mais attirer un lion grâce à une gazelle morte n’a rien de difficile ou de sportif!). Il est possible aussi qu’il ait été parfaitement au courant et qu’il ait fait pression sur le Chasseur Professionnel.
 

Quelles sont les conséquences pour les autres lions?

Cecil régnait sur 2 clans, avec son compagnon plus jeune, Jericho. Maintenant Jericho est tout seul pour défendre ces deux clans, ce qui est beaucoup plus difficile. Si des mâles extérieurs tentent de le chasser pour prendre sa place, c’est un danger à la fois pour Jericho lui-même (les combats entre mâles sont parfois mortels) et pour les lionceaux du clans, petits de Cecil et Jericho. En effet quand des mâles extérieurs prennent un clan, ils tuent ou chassent tous les lionceaux. Comme cela les femelles sont en chaleur tout de suite, cela permet aux nouveaux mâles de faire des petits. La mort de Cecil rend donc la situation de Jericho précaire, et menace la survie des lionceaux.
 

Comment punir les responsables et éviter ces drames à l’avenir?

La licence du Chasseur Professionnel, Theo Bronchorst, a été suspendue. Il va être poursuivi pour chasse illégale. Les chasseurs ont beaucoup d’argent et la justice zimbabwéenne est souvent corrompue, il est donc probable que ce sinistre personnage s’en sorte en payant, soit une amende soit un pot de vin ou les deux. J’espère qu’il ne récupérera jamais sa licence.

Les autorités du Zimbabwe disent que le chasseur Américain, Walter Palmer, va être poursuivi pour braconnage. Il y a peu de chances que ces poursuites aboutissent, en revanche ce monsieur devra probablement éviter le Zimbabwe à l’avenir, et doit faire face à un déferlement de colère sur internet. Il s’est dit désolé.

Plusieurs pétitions circulent sur internet. Certaines visent à interdire la chasse au trophée (qui est déjà interdite au Botswana), d’autres à faire pression sur la justice zimbabwéenne pour punir le Chasseur Professionnel responsable de l’abattage illégal de Cecil, d’autres encore font pression pour interdire le transport des trophées par avion : peaux et têtes, les chasseurs notamment américains accordent énormément d’importance au trophée, plusieurs compagnies dont Air France refusent déjà de transporter certains trophées.
Sélection :
Justice pour Cecil et interdiction de la chasse au lion au Zimbabwe
Interdiction du transport de Trophées – Delta Airlines
Interdiction du transport de Trophées – South AFrican Airways

Un gnou échappe à une attaque de lion

Un journaliste a pris une série de photos spectaculaires, dans la réserve de Kariega en Afrique du Sud. Cliquez sur les photos pour les agrandir.

jeune lion et gnous Afrique du Sud

Un jeune lion a repéré un troupeau de gnous.


Le lion est parvenu à s’approcher sans être vu. Pour cela, les lions utilisent le couvert des végétaux, et s’aplatissent au maximum – même les oreilles sont baissées. Par contre ils ne tiennent pas compte de la direction du vent.
lion et gnous Afrique du Sud

Le lion lance son assaut!


Le lion court beaucoup moins vite qu’un gnou (60km/h pour le lion contre 80km/h pour le gnou). Il doit profiter de l’effet de surprise! Il déclenche son attaque quand il est suffisamment près, ou quand il est repéré. Si les gnous le repèrent de trop loin, le lion ne se donnera pas la peine d’attaquer.
lion et gnou Afrique du Sud

L’instant d’avant l’attaque…


Regardez, sur la photo ci-dessus on voit bien la crinière naissante du lion, c’est bien un jeune mâle!
gnou et lion afrique du sud

Le gnou bondit pour échapper au prédateur


Le gnou tente d’échapper au lion par la voie des airs! Les lions sont aussi capables de bonds spectaculaires, mais là le lion a probablement été surpris par la réaction du gnou.
lion gnou afrique du sud

Le lion bondit aussi tandis que le gnou vole littéralement


Même surpris, le lion parvient à suivre le gnou dans son bond…
gnou et lion afrique du sud

Le lion tente d’assurer sa prise


Le lion doit attraper fermement le gnou, ou le renverser, sinon il parviendra à s’enfuir!
lion gnou afrique du sud

Le gnou s’échappe!


C’est raté pour aujourd’hui, le lion devra trouver une autre proie. Le gnou était peut être trop fort, ou le lion trop inexpérimenté.

Kevin et les lions

Quelques mots à propos du reportage diffusé ce soir sur France 2, “les pouvoirs extraordinaires du corps humain”…
En fait j’étais en train de regarder “de battre mon coeur s’est arrêté” quand mon téléphone s’est mis à buzzer et les SMS à tomber – passe sur France 2, il y a Kevin et les lions en Afrique du Sud.
Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Kevin Richardson en personne, mais des collègues à lui, oui. Et j’ai lu son livre “Part of the Pride” (qu’on peut traduire plus ou moins par “membre du clan”, un clan de lions se dit “pride of lions”).
Kevin est un cas extrême, qui a établi une communication particulièrement forte avec les lions. Mais les affections entre humains et lions captifs sont assez fréquentes. J’ai déjà assisté en personne à de gros câlins entre rangers et lions, au Lion Park et dans quelques autres endroits, non ça n’est pas truqué, même si les rangers restent prudents et font attention par exemple de ne pas se laisser renverser par les lions – on ne sait jamais quel instinct cette situation pourrait réveiller. La vidéo célèbre des retrouvailles entre Christian le lion et le couple d’acteurs qui l’a élevé est aussi un bon exemple.
Les lions, comme les hyènes dont il est question dans le reportage, sont des animaux très sociaux et affectueux. Les lions sont tout à fait capables de s’attacher à un être humain. Condition nécessaire : ce lion doit avoir été élevé par des humains depuis son plus jeune âge, sinon, il développera par imitation de sa mère une méfiance envers l’homme. Pour être “ami” avec un lion, il vaut mieux l’avoir élevé et nourri soi-même, même s’il est possible de nouer une relation avec un lion élevé par quelqu’un d’autre.
Avec un lion sauvage il est possible de développer un lien, une certaine confiance, mais qui à ma connaissance n’a jamais été jusqu’au contact physique.
Cependant les lions sont extrêmement puissants, et capables de tuer un humain d’un coup de patte même sans sortir les griffes. Kevin a déjà été sérieusement blessé, d’ailleurs. Comme il le dit dans le reportage, les lions ne risquent pas de “comploter” pour le tuer : les lions sont des animaux très directs, pas des comploteurs. Mais ils peuvent être colériques. De plus, il me semble que la captivité favorise de brusques accès de mauvaise humeur chez les lions. Au Lion Park où Kevin travaille, un lion a un jour escaladé une clôture de 4 mètres pour aller dans l’enclos d’à côté où il a tué un de ses fils, sans raison apparente. Ce comportement est tout à fait anormal; ma théorie est que les lions ont besoin de dépenser de l’énergie, dans la nature ils le font en chassant, en captivité cette énergie peut exploser en brusque bouffées de colère. Au zoo de Vincennes il y a quelques années, un soigneur a été attaqué et tué par un lion qu’il connaissait pourtant très bien : le lion s’est jeté sur lui dès son entrée dans l’enclos, là non plus sans raison apparente. Ce n’est qu’une théorie.
Kevin sait très bien qu’ils prend des risques, il le dit dans son livre. Et il dit que ça en vaut la peine.
J’avoue que je le comprends!

Les lions en voie de disparition?

Un nouveau recensement des lions est paru récemment et fait beaucoup de bruit dans les médias. Les lions, qui étaient 100 000 environ il y a 50 ans en Afrique, sont aujourd’hui 32 000. Alors que s’est il passé? Est-ce que le lion est en voie de disparition?
(si vous n’avez pas le courage de tout lire vous pouvez écouter mon interview sur RMC à ce sujet!)

UN HABITAT QUI SE REDUIT

La raison principale de ce recul est simple : dans le même temps, la population humaine a plus ou moins triplé. Les savanes, qui sont l’habitat naturel du lion, ont reculé de 75%. Quand les savanes sont transformées en terres agricoles ou en pâturages, les lions n’y trouvent plus leurs proies naturelles. Ils s’exilent – et entre en conflit avec d’autres lions, meurent de faim, ou s’attaquent au bétail humain – et sont tués par les bergers.
Dans les parcs nationaux et les zones protégées où les lions ont leur espace, isolé de celui des humains, les populations de lions se portent (globalement) bien.

LES MALADIES

Des épidémies causent régulièrement de grandes frayeurs. En 1994, un tiers des lions du Serengeti ont été décimés par la maladie de Carré – une maladie canine qui a passé la barrière des espèces.
Il y a quelques années, on a découvert que quasi tous les lions du Kruger étaient porteurs du FIV (le virus du SIDA félin, mortel pour les chats domestiques). Mais apparemment les lions sont adaptés au virus et n’en subissent aucune conséquence. Par précaution, on évite quand même de mélanger les populations porteuses du FIV et celles non porteuses (en Namibie par exemple), qui pourraient ne pas être immunisées.
En ce moment, c’est la tuberculeuse bovine qui inquiète, avec une épidémie importante dans le Parc Kruger. Les lions se contaminent en mangeant des buffles infectés. Des lions tuberculeux meurent, mais on n’est pas certains que ce soit la maladie qui les tue – la faim, la faiblesse causent les mêmes symptômes.
Les épidémies de maladie de Carré et la tuberculose Bovine ont leur origine dans la proximité entre humains et lions : les premiers porteurs de la maladie de carré sont les chiens, ceux de la tuberculose bovine les vaches. L’augmentation de la proximité entre hommes et lions accroit le risque d’épidémies.

CHASSE ET BRACONNAGE

Depuis la parution de ce recensement, de nombreuses associations montent au créneau et militent pour que le lion sont classé “espèce protégée”, ce qui interdirait la chasse. Ce serait peut-être une bonne chose, mais c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît.

La chasse au trophée : c’est la chasse pratiquée par des touristes, en majorité américains mais aussi européens, qui paient de véritables fortunes pour abattre un lion et ramener le trophée (la tête et la peau) chez eux. J’ai de la sympathie pour certains chasseurs, aucune pour la chasse et particulièrement la chasse aux grands animaux, lions, éléphants…
En termes de conservation, la chasse peut cependant être très utile. Elle rapporte beaucoup d’argent, et les responsables des concessions de chasse protègent des zones qui deviendraient probablement invivables pour les lions si elles n’étaient pas protégées (conversion en terres agricoles, chasse des proies du lions…). Beaucoup de ces zones ne peuvent pas être converties en parcs à vocation touristique, car elles ne sont pas très belles, ou les animaux ne sont pas assez nombreux – pour un chasseur, chercher le lion pendant 2 semaines avant de le rencontrer fait partie du plaisir, pour un touriste ça peut être frustrant…
De plus, la chasse au trophée est très réglementée : un quota est assigné à chaque zone, les lions tués doivent avoir passé un certain âge (l’idée est de ne pas tuer des mâles avec des petits, car les petits seraient alors menacés aussi). Le non respect de ces règles est puni : l’opérateur de safari peut perdre sa licence, le chasseur peut se voir refuser l’exportation de son trophée.
En théorie, beaucoup d’avantages donc… en pratique, la corruption amène parfois à dépasser les quotas, des animaux trop jeunes sont tués, l’argent généré n’est pas redistribué aux populations qui continuent de voir les lions comme des animaux purement nuisibles. Il est difficile d’évaluer l’impact global de la chasse au trophée.
Pour Sarel Van Der Merwe, président du African Lion Working Group (groupe de travail sur le lion africain) et l’un des hommes qui connait le mieux les lions au monde, il faudrait interdire complètement la chasse an Afrique de l’Ouest où les populations sont déjà très menacées (moins de 2000 lions dans la région, beaucoup de petits groupes isolés). Pour les autres régions, la question divise le African Lion Working Group – les partisans de l’interdiction semblent gagner du terrain.

La chasse en boite
Cette pratique abominable n’est pas directement une menace sur la population des lions, mais mérite d’être dénoncée.
Le “canned hunting” (littéralement “chasse en boîte”) est notamment pratiqué en Afrique du Sud. Des lions sont nés et élevés en captivité, puis relâchés dans une réserve privée (quand ce n’est pas dans un enclos) pour y être abattus par un chasseur. Ces lions n’ont aucune expérience de la vie sauvage, aucune chance de survie. Le chasseur n’est pas toujours au courant et croit parfois avoir à faire à un animal sauvage.
Les éleveurs de lions prétendent qu’ils ne voient pas où est le problème éthique, on élève bien des poulets pour les tuer, alors pourquoi pas des lions. De façon très cynique, ils proposent parfois aux touristes de jouer, toucher, donner le biberon aux lionceaux – une autre source de revenus. Les touristes ignorent que ces lionceaux si mignons sont voués à la mort dès qu’ils atteindront l’âge adulte.
Dans la mesure où ces animaux sont nés en captivité (les lions se reproduisent très facilement en captivité), cette pratique scandaleuse n’est pas une menace directe pour l’espèce. Il y a cependant un effet pervers : les carcasses des lions sont souvent exportées vers l’Asie, où les os broyés sont utilisés dans la médecine traditionnelle – en lieu et place des os de tigre devenus très difficiles à se procurer. Cela alimente une demande qui incite au braconnage.

le braconnage, précisément, prend des proportions inquiétantes depuis cette mode récente des os de lions. De plus, on attribuerait plus de vertus aux os de lions sauvages qu’aux os de lions captifs, et les prix seraient donc plus élevés.
Signalons aussi l’enlèvement de lionceaux dans les savanes – destinés à la chasse en boîte, cela évite d’avoir besoin de lions adultes reproducteurs…
Ces pratiques illégales sont par définition très difficiles à évaluer.

La chasse culturelle
Le rite de passage à l’âge adulte des jeunes guerriers Maasai, aujourd’hui interdit, est encore pratiqué. Le jeune homme doit tuer un lion, armé d’une lance et d’un bouclier – après le premier coup porté au lion les hommes de la tribu viennent l’aider. Le lion n’a guère de chances dans cette chasse traditionnelle, mais le jeune guerrier risque gros lui aussi.
En Afrique de l’Est, des lions peuvent aussi être tués pour leurs griffes, leurs dents, qui sont utilisés pour faire des bijoux à forte valeur symbolique.

LES CONFLITS HOMMES/LIONS

Ce qui menace véritablement les lions, c’est leur difficulté à vivre avec les hommes. Les lions et nous, sommes concurrents. Pour la viande, antilopes ou bétail. Pour les territoires de nos bêtes – il n’y a pas forcément assez d’herbe pour le bétail et les antilopes.
Et aussi, les lions représentent un danger – pas énorme mais existant – pour les hommes eux mêmes.
Quand les populations humaines avancent, les populations de lions reculent, chassés ou tués.
C’est compréhensible : pensez aux difficultés que nous avons en France avec quelques loups et ours; non que les bergers français soient riches, mais les fermiers africains sont souvent des familles pauvres pour lesquelles la perte du bétail peut être une question de survie. Pour eux, les lions sont une menace mortelle/
Et c’est très difficile à éviter, mais l’enjeu est là et plusieurs projets intéressants sont mis en oeuvre.

VIVRE AVEC LES LIONS?

Les compensations financières
Dans plusieurs pays, une compensation est versée aux propriétaires d’animaux tués par des lions. Cette mesure aide, mais (comme en France) ne résout pas le problème.

Identifier les animaux à problème
Ce sont souvent les mêmes lions qui s’en prennent au bétail, alors que la plupart des lions préfèrent leurs proies naturelles. L’empoisonnement, qui est la méthode habituelle pour éliminer les lions mangeurs de bétail, va tuer aussi des lions “innocents”. Identifier les lions à problème et les déplacer dans une zone sans bétail peut aider beaucoup, mais nécessite des moyens importants (présence d’un spécialiste sur place pour identifier et déplacer l’animal à problème).

Partager les revenus du tourisme
En règle générale, les bénéficiaires des revenus du tourisme (parcs, lodges…) et les victimes des lions ne sont pas les mêmes. Pour les premiers, le lion est une ressource, pour les seconds, une menace. Ces dernières années notamment en Namibie, le partage des ressources a énormément progressé. Les communautés perçoivent une partie des revenus générés par le tourisme et ne considèrent plus le lion seulement comme un problème.
Là non plus, pas de miracles – un lion qui s’attaque au bétail risque toujours gros – mais de vrais progrès. En Namibie, les populations de lions augmentent en nombre, et leur territoire s’étend, en grande partie grâce au travail du Dr Philip Stander dans la région. Secrets du Monde Sauvage participe à ce projet : nous proposons un voyage avec le Dr Stander, dont une partie des bénéfices revient aux projets de recherche : le Désert des Lions.

Education et initiatives
Les populations africaines sont, pour beaucoup, culturellement attachées aux lions. Pour les Maasai en particulier, le lion est l’un des éléments essentiels de leur culture. Les Maasai tuent les lions qui s’attaquent à leur bétail, les affrontent dans leurs rites de passage – mais ils ne voudraient pas vivre dans un monde sans lion. Leur faire prendre conscience des menaces qui pèsent sur cet animal peut les transformer en fervents défenseurs du roi des animaux.

Surveiller les lions
Un jour avec le Dr Stander, les lionnes que nous suivions s’approchaient dangereusement du village et de son bétail – et elles n’avaient pas mangé depuis 15 jours. Nous avons prévenu les villageois de ramener le bétail dans leurs enclos.
Bien sûr pour le moment il est impossible de surveiller tous les lions. Mais des projets sont menés – en Europe, on essaie un collier “anti-loups” posé sur les brebis, qui avertit le berger par SMS quand les brebis sont soumises à un fort stress. Ce projet même s’il est un succès ne serait pas applicable aux lions, dont les attaques sont fulgurantes, mais des solutions de ce type pourraient exister dans le futur. Avec des moyens, avec de l’imagination. L’imagination est là, les moyens manquent malheureusement souvent.

Les murs vivants
Un autre projet magnifique, en Tanzanie. Le village traditionnel Maasai se compose d’un coral pour le bétail, entouré des huttes d’habitation, le tout étant entouré d’une barrière de buissons épineux destinée à arrêter les lions. Traditionnellement, les Maasai étaient nomades, passaient quelques semaines ou mois dans un village puis se déplaçaient. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus sédentaires. Et les épineux des environs, destinés à entretenir la barrière anti-lions, sont épuisés, il faut aller les chercher de plus en plus loin. Conséquences : la barrière s’affaiblit. Les lions parviennent à tuer le bétail. Les Maasai tuent les lions.
Le projet “living walls” (les murs vivants) est né d’une collaboration entre scientifiques occidentaux, africains, et populations Maasai. Ils ont trouvé une façon de construire une barrière anti-lions qui associe un simple grillage et un camphrier local. Le résultat est très solide et efficace – et aussi très peu cher et facile à entretenir. Les villageois n’ont donc plus besoin de tuer les lions pour protéger leur bétail.

EN CONCLUSION

Est-ce que le lion est en voie d’extinction? Globalement, non, mais la diminution de la population risque fort de continuer…
Certaines populations, en Afrique de l’Ouest et en Asie (il reste une centaine de lions en Inde) sont extrêmement menacées – et leurs caractéristiques génétiques sont particulières, au point que certains militent pour en faire une sous-espèce.
Ailleurs, les lions sont en relative sécurité dans les parcs nationaux et les zones protégées, malgré le braconnage et les risques d’épidémies.
En dehors des zones protégées, l’avenir des lions est des plus incertains. Dans nos pays occidentaux, nous n’avons pas réussi, ou pas voulu, vivre avec nos grands prédateurs. En Afrique, la population continue d’augmenter. Dans le monde, les terres agraires deviennent un bien convoité.
Il faudra beaucoup d’énergie de la part des amoureux des lions, et des populations locales qui leurs sont attachées, pour préserver l’habitat de cet animal magnifique. Le tourisme a un rôle important à jouer – sans lui, sans les parcs nationaux et réserves qu’il permet de préserver, le lion serait peut être vraiment en voie d’extinction!

Les sources :

– une étude récente sur la population des lions et la réduction de leur habitat dans le journal Biodiversity and Conservation.

– le site du African Lion Working Group

– le site du Dr Stander sur les lions du désert de Namibie

– le projet Living Walls

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